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mardi 8 janvier 2008

GR 20 - 6 mois plus tard

mozaique

    Il y a six mois tout juste, nous partions randonner sur le plus beau sentier d'Europe. J'ai retrouvé dans un vieux sac plastique une paire de sandalettes oubliées. Je les y avais piégées le temps d'un voyage de retour dans l'espace confiné d'un TER Méditerranée. L'idée était de frotter ces saloperies à l'eau javel, afin d'en chasser à jamais les odeurs à faire fuir les cochons sauvages. Et je ne vous parle pas des randonneuses allemandes, puisque nous n'en avons pas croisées de toute la randonnée, sans qu'il soit possible d'établir un lien de cause à effet implacable.

    Bref, cette découverte m'a rappelé l'idée originale d'un des randonneurs qui pensait utile de rendre public la composition du sac, une fois la randonnée accomplie. Autant la composition du sac au départ est essentielle, doit faire l'objet d'une mûr réflexion, suite à la collecte d'avis et d'information variées, autant l'état du sac au retour me semblait être un élément sur lequel il était moins vital de communiquer. Grosse erreur ! Si je m'étais intéressé à mon sac ces six derniers mois, sans doute y aurais-je retrouvé tout au fond, avec les sandalettes sacrifiées, les vieux papiers de Grany et le sable des plages de Campo Moro. Petite plongée en apesanteur dans les poches de ce compagnon fidèle, qui a pris sa retraite internationale de sac de randonnée depuis, mais que je me refuse à jeter tant on a souffert ensemble et tant il a été exemplaire de courage.

    Onzième étape. Détour colossal par le site de I Pozzi, bien connu des géographes pour avoir donné son nom aux pozzines, ces formations aquatiques creusées par l'écoulement des eaux de la fonte des glaces sur les épais tapis herbeux d'altitude. La mise à jour des albums photo ci-contre vous permettra de vous faire une idée. Précisons juste que le berger du coin avait, dans son cabanon, des clubs de golf pour tromper l'ennui de temps en temps, et vous aurez une idée précise de la qualité du gazon. Le bonheur d'y marcher pieds nus... Durant cette pause, il fallu opérer le sac Quechua sur la table crasseuse de la bergerie, au milieux des brocciu en maturation et des bruits d'animaux. La fermeture éclaire venait de rendre l'âme après un énième va-et-viens. Et là, c'est le drame... Impossible de refermer le sac, impossible de continuer avec un sac ouvert. Alors que le Cirque de la Solitude et les dénivelés des premiers jours n'étaient pas venus à bout de mes jambes, je me suis vu un instant rentrer à la maison pour cause de couture foutue... Un gros coup de pieds dans le tas de bois (que j'ai regretté aussitôt et pendant quelques heures après) mit au courant mes camarades du drame qui se nouait, ainsi que notre sympathique berger qui su trouver les mots pour me réconforter :

"Ah ba c'est mort, là vous ne pouvez rien faire. Ce type de matériel produit en série c'est de la camelotte. Un bon cuir de buffle, ça pue mais ça tient..."

    J'étais à deux doigts de créer un incident diplomatique avec la Corse toute entière quand Kev sortit de son sac un arsenal de sangles, d'épingles à nourrice, de scotch, tous ces trucs que l'on pensait inutiles et qui devenaient en un éclair ma plus belle chance de salut. Une suture parasagital a finalement été aposée et l'ensemble sanglé, façon vieux saucisson. Et à condition de répéter la manœuvre fastidieuse jusqu'au 14e jour, ça devrait tenir. Il a tenu. Impensable qu'il finisse donc à la poubelle.

Il a même rapporté ce qui suit :

- Une tente Quechua T2 avec un tendeur en moins (Marco l'a utilisé comme outils pour retirer les sardines)
- Un sac de sardines en titane mais tordues quand même (Marco a shooté dedans)
- Un matelas Mc Kinley crevé
- Un sac de couchage trop chaud trop gros trop lourd qui pue
- Des chaussures de randonnée Salomon usées, explosées, détruites
- Des sandales TEVA irrécupérables (les fameuses qui ont su se faire oublier dans leur emballage hermétique)
- Un short FortAlp sans bouton
- Un short Aigle élimé aux fesses
- Trois paires de chaussettes aux odeurs toxiques
- Des slips sales
- Des t-shirts noirs mais sales quand même
- Une polaire nauséabonde
- Une cape de pluie dans son emballage d'origine, pliée, nickel...
- Des lunettes de soleil un peu plus rayées encore
- Une trousse de toilette incomplète
- Des boites de compeed vides
- Deux rouleaux de sparadra vides
- Trois sachet de thé
- Vingt grammes de pâte
- Une vieille barre Grany en miette et deux abricots secs
- Un guide topo GR20 gondolé et corné
- Une popotte sans les couverts et sans la pince
- Un réchaud sans gaz
- Des bouteilles de Pietra
- Un fromage corsé... (même le chien a vomi)

Mon sac, mon ami, je te dédie ce modeste texte et mes pensées, 6 mois plus tard, vont vers toi.

Posté par Monsieur Jadis à 19:20 - Life - Commentaires [0] - Permalien [#]

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