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Life

lundi 21 janvier 2008

L'âme soeur par sms

    Une dimanche soir devant la télé. Le vibreur du portable brutalise le bonzaï et trois feuilles tombent sur le plateau de verre, mortes avant que je puisse décrocher.

« Renvoie vite le mot DATE au 81250 pour savoir quand tu rencontreras ton âme sœur »

    Dis donc machin... Sais-tu le temps et la délicatesse qu'il me faut consacrer à ce petit ficus pour qu'il survive aux errements de la météo picarde, au plomb des nappes phréatiques ou à la maladresse des potes bourrés ? Et ces trois pauvres petites feuilles qui s'accrochaient farouchement à leur branche serait le présage d'une passion imminente ?

   

    Alors d’une, je prend le temps que je veux. Je ne sais pas qui vous êtes pour vous permettre ce style trop direct et autoritaire pour un dimanche soir, mais je ne suis pas à quelques secondes près. D'une, mon âme sœur - si elle est vraiment mon âme sœur – pourra souffrir que je termine mon assiette de nouilles avant de me lancer à sa recherche. De deux... Y'a pas de deux ! Mais je serais curieux de savoir comment vous avez obtenu mon numéro. Je ne participe à aucun jeu télévisé, je ne le laisse sur aucun site Internet, je ne réponds jamais au concours stupides grâce auxquels j’aurais parait-il accumulé trois voitures neuves, quatre voyages au bout du monde et environ 45 000 euros, à venir retirer au plus vite dans je ne sais quel bureau de poste du pays de Oui-Oui.


    Alors comment avez-vous fait monsieur le médium ? Et comment pouvez-vous être si sûr que je ne l’ai pas déjà rencontrée mon âme sœur ? Imaginez un peu que vous envoyiez ce genre de message à de jeunes amoureux baignant dans le bonheur, et que la lecture de votre sms les plonge subitement dans le doute. Une belle histoire fracassée par votre manque de délicatesse, petit faiseur de joie.

    Sans compter qu’il est complètement débile de révéler la date d’une rencontre sans en préciser le lieu… Imaginons un homme ou une femme désespérés au point de confier leurs vies à un sms. Ça leur ferait une belle jambe de savoir qu’ils vont rencontrer l’âme sœur le 22 septembre à midi, si ils ne savent pas où… A l’angle de la rue Lenoir et de l’impasse du Suicide, voilà une information essentielle : ils pourraient y planter une tente et attendre, dans l’espoir vibrant que l’âme sœur se pointerait. Et s'ils tombaient nez à nez avec chacun un sac sur le dos, ça serait alors le début d’une grande histoire. Ou je ne m’y connais pas… Là, il y aurait un peu de poésie dans vos messages et vos intentions.

    A quoi bon continuez à m'entretenir avec vous alors que vous n’êtes sans doute pas une équipe de médiums. Ni chapeaux pointus, ni robes marines constellées d’étoiles. Ma supplique raisonne dans les circuits imprimés d’un ignoble ordinateur... Les milliers de rêveurs naïfs qui répondent fébrilement à cette annonce ne se doutent pas qu’un engin au coeur de métal balance froidement des dates de rencards aux quatre coins de la France sur la base d’une vague loi de probabilité.

    J’ai pourtant eu envie de leur répondre. Et alors qu’une petite enveloppe pixellisée déployait ses ailes pour s’élever à travers le ciel azuré de l'écran de mon portable, je savourais ma bêtise en espérant que le petit mot bien choisi ferait planter le serveur des petits censeurs de joie du 81250.


« Désolé mais BOUFFON n'est pas une réponse valide. Merci de réessayer. »

Il serait peut-être temps de grandir un peu quand même...

Posté par Monsieur Jadis à 15:20 - Life - Commentaires [0] - Permalien [#]

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