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jeudi 3 janvier 2008

Nouvelle scène

Ah la nouvelle scène française ! Ces artistes qui osent se parer du titre de chanteurs à textes, revendiquant le monopole du verbe. Ces maestro de la plume, plume qu’ils n’hésiteront pas à se foutre dans le cul pour peu que cela devienne à la mode avant la fin de l’année. Je ne sais pas ce qui est le plus indécent : que vous osiez-vous prétendre chanteur ou que vous affirmiez savoir écrire ? Si l’on s’en tient à la définition rigoureuse du petit Larousse, il semblerait que les Bénabar, Renan Luce, Grande Sophie et autres Ridan aient le droit de se considérer comme des chanteurs. Finalement, ils récitent des mots qui riment dans un micro, sur une mélodie et en rythme, pour les plus brillants d’entre eux. Quand tant d’autres brament, ils chantent. Et même plutôt juste. L’effort mérite d’être souligné. Les orchestrations sont assez pauvres, mais dans le semi désert de la production française, ils ressemblent à des oasis d’innovations. Et la jeunesse alternative et festive vient s’y abreuver. Tout n’est pas à jeter d’ailleurs. Bénabar a su écrire quelques textes bien sentis et sur ces premiers albums accrocher l’auditeur. Mais peut-on décemment considérer ces gratteux comme des chanteurs à texte, quand leur seul talent est d’avoir mis trois notes de musique sur les petites choses du quotidien dont tout le monde se branle ? Exemple :

« On appelle, on s’excuse, on improvise, on trouve kek’chose, on a qu’à dire à tes amis qu’on les aime pas et pi tant pis ! Allez viens on n’y va pas, on a qu’à se cacher sous les draps, on commandera des pizzas toi la télé et moi ! »

Bon… Je n’ai pas retenu grand-chose des cours d’orthographe - car oui, cher lecteur, aussi difficile à croire que cela puisse te paraître, j’ai essayé dans mes jeunes années d’apprendre l’orthographe - il subsiste donc dans mon cerveau de vastes no man’s land où se perdent parfois un « s », un « t », un accord des participes passés ou un subjonctif. Mais s’il y a bien une chose dont je suis sûr, c’est que « on est un con » ! Je vous laisse compter le nombre de cons rencontrés entre le lit et la télé de Bénabar. Il y a 40 ans, en France, chantaient Georges Brassens, Léo Ferré ou Jean Ferrat... Boris Vian avait déjà écrit Le Déserteur. Maxime Leforestier n’avait pas encore vendu son âme à la Starac et chantait Parachutiste. Au crépuscule des années 70, un minot à casquette allait cracher Hexagone. Ce type de chanson n’existe pas ailleurs qu’en France. En tout cas pas autant. La chanson engagée et contestataire dans les pays anglo-saxons a été assumée par des courants marginaux, du punk au hip-hop. Pas par de la variété grand publique. Ce qui faisait l’originalité, la substantifique mœlle de la chanson française est en train de disparaitre depuis que le contenu des frigo ou du sac à main des filles est devenu une source d’inspiration intarissable. 


« Ah mais pour contester, il reste Zazie ou Luke ou Damien Saez quand même… »

Qu’un adolescent pense cela, ok… Il a encore le temps de mesurer l’étendu de son malheur. Dans quelques années il souhaitera que les trois tireurs d’ambulance susnommés en prennent pour 100 ans de prison ferme et insonorisée ! Alors quoi ? La chanson française c’était mieux avant ? J’en ai bien peur. Ceci étant, les talents ne manquent pas, mais la chanson française a changé. Elle est moins corrosive, moins provocatrice, moins dérangeante. Le talentueux Delerm le dit lui-même : la chanson n’est pas le meilleur terrain pour contester. Ce n’est pas son truc. Le génial Thomas Fersen préfère les bestiaires fabuleux, les personnages baroques et les situations romanesques aux injustices sociales et à la politique. Idem pour Camille. Pour autant, ces trois là enchainent les albums excellents. Noir Désir n’est plus… Il reste bien les Têtes Raides pour gueuler un peu, mais la chanson s’aseptise elle aussi peu à peu. Elle n’est pas épargnée par une lame de fond qui touche la société toute entière. "On" est peut-être déjà un vieux con, mais en reécoutant ce qui suit, il ne peut que le regretter.

Posté par Monsieur Jadis à 14:07 - Vitriol - Commentaires [0] - Permalien [#]

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